Ce matin, notre fille Matilde, qui est lycéenne à Menton, doit suivre ses cours à distance, c’est-à-dire en se connectant via son ordinateur ou son téléphone portable. Ces séances sont parfois longues et nécessitent une connexion stable; pour notre part, nous utilisons un abonnement mensuel offrant plusieurs centaines de giga, sinon sera considérée comme absente, ce qui aura des conséquences négatives sur son parcours scolaire.
Si le choix adopté face au blocage physique des établissements avec les entraves à l’accès, les manifestations et, malheureusement, les violences désormais généralisées peut se comprendre, il apparaît toutefois également comme une décision stratégique visant tant à empêcher les élèves de se rendre à l’école qu’à distinguer les manifestants de ceux qui suivront les cours.
Un choix qui place nos enfants face à leur propre décision individuelle: poursuivre la contestation, en personne ou à distance, ou bien s’adapter à la situation en suivant les directives de l’école.
Matilde a exprimé sa volonté en se coordonnant notamment avec ses camarades de classe ainsi qu’avec d’autres élèves de lycées français, et pas seulement ceux des Alpes-Maritimes; une démarche qui aura, d’une manière ou d’une autre, des conséquences.
En tant que parents, nous observons la situation en France avec le souci de prévenir d’éventuels problèmes pour nos enfants, tout en veillant à ce qu’ils soient capables de prendre eux-mêmes des décisions importantes, comme celle de se joindre ou non à la contestation et, surtout, d’y participer physiquement, au risque de se heurter à la police ou pire encore.
Nous avons cherché à bien comprendre les raisons des protestations, tout comme nous avons tenté de saisir la dynamique des affrontements actuels, une dynamique qui nous était déjà familière, non seulement en tant qu’« anciens étudiants » ayant participé aux grèves des années 1980 et 1990 en Italie, mais aussi en tant que témoins des événements des années 1970, marqués par le terrorisme et les manifestations violentes impliquant infiltrés issus de groupes extrémistes et agents provocateurs de la police.
Nous craignons donc que la situation actuelle ne finisse, tôt ou tard, par faire un mort, que ce soit parmi les étudiants ou au sein de la police.
Sans entrer dans le fond des arguments des étudiants ni dans la réaction politique excessive, marquée par un déploiement de forces impressionnant dirigé principalement contre des mineurs, nous préférons nous remettre en question en tant que parents de cinq enfants, dont l’aînée, Matilde, est lycéenne.
Que pouvons-nous donc faire pour prévenir des conséquences préjudiciables pour notre fille tout en respectant, dans le même temps, son éventuel choix de protester, que ce soit à distance ou en participant en personne aux manifestations en cours ?
C’est une question à laquelle nous pouvons apporter une réponse unique, tranchée et ferme, ou bien risquer de trouver une multitude de réponses et de nous y perdre; c’est précisément pour cette raison que, pour notre part, nous avons choisi la médiation comme réponse elle-même.
La médiation consiste à conforter le choix de Matilde, tout en l’amenant à prendre sa décision en tenant compte de l’ensemble des motifs de la contestation et non sous le simple coup de l’émotion ou de l’influence des autres étudiants et en évaluant également la position de la police, dépêchée pour réprimer les manifestations et empêcher les éléments les plus violents de mettre le feu, de donner l’assaut ou de commettre des violences.
La médiation consiste également à évaluer les conséquences de son choix à court, moyen et long terme, et pas seulement sur le moment.
La médiation consiste avant tout à choisir d’être active ou passive face à ses droits d’étudiante, mais aussi à affronter un barrage de police et à risquer d’être frappée ou arrêtée car, malheureusement, des mineurs sont arrêtés.
Nous ne voulons pas exercer de chantage moral fondé sur notre propre état de parents, inquiets, alors qu’il nous suffirait de lui imposer de rester à la maison, un point c’est tout, pour tout régler.
Nous préférons accompagner sa réflexion sur ce choix en misant sur son intelligence, sans pour autant oublier qu’elle est, et reste, une jeune fille de moins de seize ans découvrant le monde étudiant à travers la pire vitrine que la France offre actuellement.
C’est donc un choix personnel. C’est un choix familial. C’est, dans une certaine mesure, un choix politique.
Il est difficile de répondre à la question posée dans cet article; pour notre part, nous choisissons simplement de permettre à Matilde de réfléchir par elle-même, sans schémas mentaux ni idéologiques, mais en s’appuyant sur son intelligence, notre expérience et sa perception de la réalité qu’elle vit en tant qu’étudiante, tout en nous réservant le droit, en tant que parents, de lui imposer de rester chez elle si nous estimons que sa participation aux manifestations mettrait son intégrité physique en danger.
Sara et Fabio
