Quelles sont les raisons pour lesquelles un enfant peut adopter un comportement simulant un trouble psychologique…

Au cours de la croissance de leurs enfants, surtout lorsqu’ils en ont plusieurs, tous les parents ont déjà connu ces moments de terreur face à un comportement inhabituel, marqué par des actions et un langage qui rappellent davantage ceux d’enfants présentant des troubles du développement ou de la santé mentale. Or, il n’est pas toujours facile d’en comprendre les raisons, ni d’évaluer le risque réel de basculer dans ce que l’on appelle une phase de dérégulation émotionnelle.

Bien que nous ne soyons ni médecins ni neuropsychiatres infantiles, notre rôle se limitant à celui d’éducateurs et de pédagogues, nous pouvons vous apporter un éclairage fondé sur notre expérience professionnelle et sur notre quotidien de parents de cinq enfants.

Le plus souvent, lorsqu’un enfant neurotypique adopte de tels comportements, il ne s’agit nullement d’une simulation consciente, mais bien d’une réponse physiopsychologique face à un malaise d’origine externe ou, dans les situations plus complexes, interne.

Entre 3 et 5 ans, chaque enfant traverse des phases de vulnérabilité qu’il exprime par des comportements souvent perçus à tort comme de simple appels à l’attention. En réalité, il traduit ainsi un inconfort qu’il ne comprend ni ne maîtrise, source d’une anxiété profonde. Ces manifestations indirectes dessinent un tableau complexe que les parents doivent apprendre à déchiffrer pour l’apaiser.

Comme nous l’avons évoqué, le mal-être infantile peut revêtir une dimension émotionnelle, développementale, relationnelle ou environnementale. Il n’est d’ailleurs pas toujours aisé de le distinguer des « mises en scène » par lesquelles les enfants cherchent naturellement à tester les limites. À cet âge, ils explorent divers rôles et cherchent à provoquer les réactions des adultes à travers des comportements atypiques, des fixations physiques ou des rituels singuliers. Ces manifestations, qui peuvent s’apparenter à s’y méprendre à des troubles obsessionnels-compulsifs, suscitent souvent une vive inquiétude chez les parents. Face à ces situations frustrantes, ces derniers risquent, par manque de patience ou de repères, d’accroître le stress ambiant et d’intensifier le mal-être de leur enfant, enclenchant ainsi un véritable cercle vicieux.

Il incombe donc aux parents d’apprivoiser la frustration et de discerner ce qui relève d’un simple passage à vide, fût-il prolongé, d’une véritable souffrance nécessitant l’intervention de spécialistes.

En tant qu’éducateurs, nous sommes généralement le premier interlocuteur vers lequel les parents se tournent pour déterminer si un comportement persiste suffisamment pour justifier une évaluation spécialisée. Or, les professionnels de l’éducation, en particulier les plus novices, se sentent souvent démunis face à cette demande d’aide. Ils ont trop tendance à utiliser des acronymes à la mode, tels que HPI, HPE, TDAH ou TSA, pour cataloguer des comportements qui ne relèvent pourtant d’aucune pathologie particulière.

Selon nous, la concrétisation de ces préoccupations dépend essentiellement de l’intensité des manifestations, mesurée par leur fréquence et leur impact sur les activités quotidiennes, qu’il s’agisse de la scolarité, de la vie familiale ou des interactions avec les pairs.

Généralement transitoire, ce type de malaise peut néanmoins se répéter avant de s’interrompre sous l’effet d’une sollicitation ou d’un changement de stimulation. Il s’agit alors de stéréotypies d’autorégulation qu’elles soient sensorielles, émotionnelles, verbales, motrices ou comportementales, dont la fonction principale est d’échapper à des sources de stress. Cependant, si ces comportements entravent les apprentissages scolaires ou les interactions sociales de l’enfant, il est recommandé de consulter un spécialiste. Celui-ci évaluera la nécessité d’un diagnostic formel et proposera un accompagnement adapté afin d’éviter toute aggravation.

Nous conseillons aux parents de ne pas chercher à rationaliser, selon des critères d’adultes, ces manifestations typiques et sans but précis. Même en cas de décalage entre l’âge chronologique et le comportement adopté, il faut garder à l’esprit que la régression traduit un mal-être et non nécessairement une pathologie.

Il va de soi qu’en premier lieu, tout parent se doit de faire son introspective et de déterminer s’il n’est pas lui-même à l’origine de l’anxiété de son enfant, un stress que ce dernier tente précisément d’évacuer par des agissements en apparence atypiques…

Sara et Fabio