Nous profitons de l’expérience vécue par deux de nos cinq enfants en matière de harcèlement scolaire, situation où Fabio Massimo a dû défendre sa sœur Edda face aux agressions d’un harceleur de l’école.
Il s’agit d’un élève harceleur, bien connu des enseignants et du milieu, y compris en dehors de l’enceinte de l’école ; nos enfants avaient d’ailleurs signalé ses agissements incessants, insultes, menaces, crachats, jusqu’au jour où notre fils lui a fait un œil au beurre noir après avoir vu sa sœur, terrifiée et en larmes, alors que le harceleur se trouvait à quelques pas d’elle après l’avoir prise pour cible.
Notre fils a été suspendu par le directeur à titre conservatoire, mais sa réaction a également attisé la soif de vengeance du harceleur et de sa bande d’autres harceleurs, physiquement imposants, qui ont proféré à plusieurs reprises des menaces de mort, y compris par le biais de messages sur les réseaux sociaux.
Les enseignants, la psychologue scolaire et le directeur nous ont dit que, sans l’autorisation des parents de l’élève harceleur, ils ne pouvaient pas faire grand-chose, si ce n’est appliquer une simple procédure qui, à ce jour, n’a manifestement jamais fonctionné, puisque les actes d’intimidation ont perduré, y compris au détriment de nos enfants.
Tout cela fait peser un poids considérable sur les épaules des victimes: soit elles subissent les brimades, soit, lorsqu’elles réagissent face à l’inaction de l’école, elles en subissent les conséquences sous forme de sanctions.
C’est ce que vivent nos deux enfants, conscients de porter ce poids sur leurs épaules; nous le disons sans chercher de coupables ni de responsables, mais avec la volonté de faire face au harcèlement et d’en prévenir les conséquences.
Lors de l’entretien avec le directeur, nous avons suggéré de miser sur les ressources du harceleur en exploitant ses meilleurs atouts pour les orienter vers une activité positive, brisant ainsi le cycle de violence qui le caractérise; cela ne tient pas au fait qu’il soit une mauvaise personne, mais plutôt au fait qu’il pâtit manifestement d’une éducation insuffisante au respect et de compétences parentales limitées, en l’absence de tout soutien pour prévenir son comportement de harceleur.
Le harcèlement est en effet la manifestation concrète de lacunes parentales d’une part et scolaires d’autre part, mais surtout du mal-être de jeunes harceleurs qui ne sont pas pour autant nécessairement méchants ou perdus.
En tant qu’éducateurs, et aussi en tant que parents, nous travaillons précisément sur ce mal-être pour en comprendre les origines et tenter d’améliorer la situation.
Que pouvons-nous donc faire pour affronter le problème du harcèlement et protéger les élèves et les jeunes contre les agressions verbales et physiques ?
Nous lancerons prochainement un projet social susceptible de susciter un large intérêt, visant précisément à comprendre les dynamiques du harcèlement; ce projet impliquera parents et élèves et privilégiera l’outil pédagogique comme ressource principale, plutôt que la punition ou la recherche d’un coupable.
Les mécanismes psycho-émotionnels du harcèlement sont connus de toutes les générations, car chacune a connu ses harceleurs, à l’école comme en dehors; toutefois, aujourd’hui, ce phénomène ne traduit plus un simple malaise lié au développement, mais un problème relationnel, tant avec soi-même qu’avec autrui, au premier rang duquel figurent les parents et la famille.
Dans notre travail d’éducateurs et de pédagogues, nous observons de nombreux préadolescents et adolescents accablés par un poids émotionnel immense, né d’une part de la négligence de leurs parents et, d’autre part, de la projection des anxiétés et des angoisses de leur entourage familial, tantôt indifférent, tantôt obsessionnel à leur égard.
C’est pourquoi nous estimons nécessaire d’agir, d’une part, en soutenant les familles dysfonctionnelles ou celles dont les compétences parentales sont limitées et, d’autre part, en canalisant la violence verbale et physique des auteurs de harcèlement (c’est-à-dire la charge émotionnelle qu’ils ne parviennent pas à gérer) vers une activité sportive leur permettant de maîtriser cette violence, comme nous l’avons fait dans le cadre de projets précédents.
Punir le harceleur ne sert à rien, si ce n’est à renforcer sa fausse posture de victime pour justifier ses agissements tyranniques.
Punir les victimes de harcèlement qui réagissent ne fait que les humilier; certes, une réaction violente les place au même niveau que le harceleur, mais si l’école n’intervient pas en amont, on ne peut exiger de jeunes enfants la maturité qu’elle-même devrait faire preuve en matière de prévention du harcèlement.
Le harceleur, qu’il soit garçon ou fille, est un individu faible qui dissimule ses faiblesses derrière une force apparente, laquelle n’est en réalité qu’arrogance et tyrannie. Il faut s’attaquer à cette faiblesse pour la renforcer ; faute de quoi, on assistera à une escalade de la situation jusqu’à ce qu’un incident grave survienne, soit parce que le harceleur ira trop loin, soit parce que la réaction des victimes sera, elle aussi, excessive.
Sara et Fabio
